|
SENSEI TAIJI KASE 1995 Nous savons que rien n'est acquis définitivement et qu'il convient de ne jamais perdre ni humilité ni patience. Taiji Kase
Sensei Taiji KASE, 9e dan, l’héritier de FUNAKOSHI Sensei (Extraits de la revue Karate Bushido, juillet/août 1995, Christain COURTONNE) Si une face du Karaté est aujourd’hui surexploitée, une autre, plus profonde car issue du Karaté traditionnel enseigné par Maître Funakoshi, plus réaliste et plus pure, évolue, s’enrichit au sein grâce à un maître qui force le respect de tous et qui est un trésor vivant du Karaté. Il s’agit de Maître Kase, ceinture noire 9e Dan de Karaté, qui inscrit en Europe, en ce moment, son action dans la légende du Karaté.
L’art du combat ne peut être exercé que par un pratiquant qui s’investit totalement dans sa passion. L’entraînement est bien sûr physique, mais sans un travail mental d’égale importance, le sujet n’est qu’effleuré. Cette idée est aujourd’hui tellement présente qu’elle en est usée. Dans l’enseignement de Maître Kase, elle est réellement mise en œuvre. Un exercice que le maître demandait de réaliser à l’époque où son groupe avait atteint le niveau troisième dan, était le suivant : dans les circonstances les plus anodines, dans le métro, devant un verre, annoncer une attaque à un ami (pratiquant bien évidemment). Celui-ci doit répondre instantanément, oralement, le blocage correspondant. Cet exercice, apparemment anodin, voire anecdotique, est en fait une première étape vers la fusion du corps et de l’esprit, obligeant à un état de veille permanent. Les entraîneurs sportifs modernes appellent cet exercice l’entraînement virtuel. Maître Kase l’a montré en France il y a un quart de siècle. La fusion du corps et de l’esprit se fait aussi par la répétition des mouvements, les séries. Pas de discours sur l’utilité de ce travail, pas d’interrogation. Le maître montre le mouvement exact et il faut faire des séries, sans réfléchir, en faisant le vide. Le geste devient ainsi instinctif après quelques années. Une série, c’est par exemple 1000 mae-geri, 30 fois le kata Kankudaï sans aucun arrêt, etc. Pour pratiquer ces techniques d’une violence extrême, un préalable est nécessaire. C’est le travail de l’intégrité du corps. Tous les gestes sont orientés vers cet objectif. Ainsi en est-il de la tenue du dos. Il suffit de voir le maître pour le comprendre. Le port est parfait, tout comme il doit l’être en Kendo. Préserver l’intégrité du corps. La position Fudo-Dachi permet de travailler en toute confiance et avec toute la vitesse nécessaire pour préserver la colonne lombaire, ce que ne permet pas Zen-Kutsu-Dashi. Le travail des membres inférieurs doit aussi être examiné. Ainsi, dans toutes les techniques, il convient de réfléchir à la tenue de la jambe d’appui par des contractions statiques pour préserver le genou. Nous allons voir au cours des trois étapes de l’évolution du Karatéka que tous ces principes sont appliqués. Première étape. Cette étape dure entre 10 et 15 ans. Toutes les techniques de base doivent être apprises, assimilées, répétées. Vous les connaissez grâce à votre professeur. La formation du corps est codifiée. Elle se fait autour des 21 katas Shotokan. Maître Kase transmet ceux qu’il a étudiés avec Yoshitaka Funakoshi. Sa fidélité lui a fait rejeter les modifications apportées par Maître Nakayama. Le blocage Age-Uke, par exemple, est différent. Il s’arme à la hanche opposée. Le Karaté originel est présenté dans ses ouvrages publiés à la Sedirep. C’est une référence incontournable si l’on souhaite s’exprimer sur les katas authentiques. Le travail Hikite est aussi parfaitement codifié, le coude étant en arrière, le poignet en supination, le poing fermé, le dos contracté. Nous verrons que celui-ci est modifié dans la deuxième phase de la formation. Deuxième étape : le travail en Fudo-Dashi. Le Fudo-Dashi est la position originelle. Les déplacements se font en Fudo-Dashi, assurant ainsi des appuis au sol parfait. Cette maîtrise des appuis à tout moment est nécessaire, car la puissance vient de la terre. Après quinze années de pratique, la base est réalisée. Il progressera en se déstructurant. Ainsi le travail Hikite se diversifie, il peut se faire à n’importe quel niveau, en armant toute technique. Le corps entier, chaque mouvement peut être une attaque déterminante. Le travail oi-tsuki se fait aussi en ura-tsuki, tate-tsuki. L’enchaînement blocage/contre-attaque peut se faire du même bras. Toutes ces techniques qui s’enrichissent d’un travail mains ouvertes renouent avec le Karaté originel, avec des gestes proches de la pratique du sabre qui passionne Maître Kase et avec les instincts de ses ancêtres samouraïs. Troisième étape : le Sen No Sen. Cela correspond à la fusion du mental avec celui de l’adversaire pour le dominer. Encore une fois, il ne s’agit pas là d’un verbiage. La pensée domine l’adversaire, c’est une réalité. Maître Kase l’exerce et n’exclut d’ailleurs pas les explications philosophiques telles la puissance de la terre, l’homme relié au ciel. C’est un domaine dans lequel il se livre peu. La recette pour atteindre l’harmonie du corps et de l’esprit puis de l’être, dans les éléments naturels, est une démarche très personnelle. Maître Kase est un homme de son temps, homme de relations publiques très apprécié dans de nombreux milieux. Comment ne pas admirer cet expert qui a réussi la synthèse des principaux paradoxes de l’être humain : la violence et la sérénité, la destruction et l’intégrité, le passé et le futur, la guerre et la cellule familiale. Enfin, la simple vision des gardes spectaculaires de Maître Kase, synthèse d’une pratique glorieuse de près de 50 ans, avec les disciplines ancestrales des samouraïs, permet d’affirmer cette vérité : le Karaté est un art. Maître Kase et le combat. Maître Kase a entraîné en combat, à l’université Takushoku des célèbres champion du Japon, Maître Enoeda et Maître Shirai mais aussi Maître Ochi et bien d’autres, à une époque où la compétition combat n’était pas ce que certains appellent aujourd’hui ce jeu de touche pied-poing. En France, il a entraîné Jean-Pierre Lavorato dès 1967 et l’a préparé à sa victoire aux Championnats de France de 1968 face à Dominique Valéra. Maître Kase maîtrise le sujet. Son idée est que, dans le travail préparatoire, il convient de ne pas brûler les étapes. Le travail Sanbon Kumite (3 attaques), Kihon ippon Kumite, Jiu ippon Kumite est étudié et répété durant des années. Cela ne sert à rien de combattre si le corps n’est pas formé, les techniques pures, la distance programmée, le timing exact. Ensuite le combat libre (Jiu Kumite) peut intervenir. Là encore, Maître Kase a montré en France il y a 25 ans toutes les ficelles, le travail pied-poing, le désaxage, le travail en contre et la prise de point d’appui sur l’adversaire. Nombreux sont ceux qui sont allés faire fructifier ce savoir sur les tatamis, que ce soit en combat ou en technique. Certains en sont revenus. Maître Kase observe avec beaucoup d’humanisme, de sérénité et de curiosité ces comportements diversifiés sans jamais juger. Il montre et progresse, telle est sa voie. Il apprécie d’ailleurs les champions et a toujours accueilli avec satisfaction tous ceux qui se sont présentés à ses stages, certains par mode, d’autres, par conviction profonde.
|