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YOSHITAKA FUNAKOSHI
“Le
Karate Dō est une philosophie, une attitude devant, et un regard sur la
vie et le monde…” Shomen Gichin Funakoshi (1868-1957)
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Le
fils successeur.
Gichin
Funakoshi eut trois fils et une fille. Yoshitaka, le plus jeune fils, a
déménagé au Japon avec son père à 17 ans, alors que sa mère et les autres
enfants sont toujours restés à Okinawa. Après l’ouverture du Dojo
Shōtōkan en 1936,
Gigo devint le premier assistant de son père. Funakoshi père était alors
appelé le vieux Maître, et Gigo le jeune Maître. Leurs visions de
l’entraînement était très différentes; l' enseignement du père était basé
principalement sur la pratique exclusive des Katas et du Bunkai;
il s’opposera toujours au combat libre et à toute forme de compétition.
Gigo préférait la compétition, et voulait un Karate avec un esprit
semblable à celui qu’on trouvait en Kendō ou en Ju-dō. C'est
entre les années 1936 et 1945, que Gigo donnera une saveur plus japonaise
basée sur sa pratique du Kendo moderne sous la tutelle de son Sensei
Hakudo Nakayama. Avec du recul, on peut aussi supposer que Funakoshi père
enseigna en privé à son fils la partie guerrière du Shuri-te d'Azato et de
Matsumura. Le style de Yoshitaka était très proche de celle trouvée dans
le style de sabre Jigen-ryu pratiqué par Matsumura et Azato,
décédés respectivement en 1896 et 1906...
Taiji Kase nous raconte sa
rencontre avec le fils de Gichin; Quand j'ai commencé la pratique du
Karate, nos seniors nous ont expliqué que Sensei Funakoshi Gichin était le
pionnier du Karate. Mais ils nous ont dit également que la grande
révolution et progression du Karate fut réalisé par son fils
Yoshitaka. Il développa un Karate plus rapide, plus fort, plus dynamique.
Le Sensei Yoshitaka cherchait la réalité, l'efficacité, si réellement les
techniques fonctionnaient contre les attaques. Mais l'important à
comprendre est que la grande mutation du Karate que le Sensei Funakoshi
Gichin avait amené d'Okinawa, jusqu'au Karate que pratiquait le Sensei
Yoshitaka, fut possible grâce au concept de O-Waza
(technique de longue distance)
avec le maximum de puissance et de vitesse.
Instructeur
du Dōjō
Shōtōkan,
Yoshitaka mit en place le système de grades inspiré du Ju-dō et
fondé sur les Kyus et les Dans. Il
développa le combat libre selon plusieurs critères techniques et
stratégiques afin d'en améliorer l'efficacité
À la vitesse d'exécution, à l'agilité des mouvements, Yoshitaka
introduisit des positions de plus en plus basses, des attaques plus
longues et puissantes. À l'époque où il prit la responsabilité du Dōjō
Shōtōkan, Yoshitaka devint un
expert dans son art martial. En plus de privilégier des techniques plus
puissantes et dynamiques, il inclut le kumite.
Il reprend ainsi l'idée
émise par Otsuka quelques dix ans auparavant pour introduire le combat
dans la pratique. Cependant, sa
fougue lui font apporter des modifications que son père n'apprécie pas
toujours.
Sous
l'impulsion de plusieurs élèves, dont Nakayama, il décida aussi d'inclure
plusieurs nouveaux coups de pieds tels
le yoko-geri kekomi, yoko geri keage, mawashi geri,
ura mawashi geri
(probablement créé par Taiji
Kase), le ushiro
geri kekomi et le
fumikiri. Par rapport au style
ancien, les positions devirent plus basses et plus longues, presque
écrasées au sol, les attaques plus longues et plus puissantes avec le
concept de Chi-Mei. Le Chi-Mei étant un principe que l'on
retrouve dans plusieurs arts martiaux; il s'agit d'être capable de donner
la mort en un seul coup (Ikken-hissatsu)
avec ou sans arme. À
cette époque le Karate était uniquement un Budō
( la voie de la guerre),
ce n'est que plus tard qu'il évoluera vers un concept plus sportif. Il
existait bien à cette époque une forme de Shiai, le Kokan-Geiko,
qui était l'ancêtre de la compétition actuelle. Le Kokan-Geiko,
qui signifie " entraînement
collectif pour progresser",
était une rencontre entre équipes de Dojos rivaux, une habitude fréquente
avant 1940. Ces échanges courtois dégénéraient régulièrement en
confrontations acharnées et hors contrôle. Kase racontait que
lors du Kokan Geiko ils
n’arrêtaient jamais, même blessés, jusqu’à ce qu'ils aient rencontré tout
le monde. Les côtes fracturées et les dent cassées étaient chose courante.
La puissance
physique de Yoshitaka était exceptionnelle. Des anecdotes racontent qu'il
cassait souvent en deux les makiwaras. Son style très personnel est celui
que plusieurs karatékas adopteront plus tard. Voici d'ailleurs un autre
témoignage de Kase Taiji au sujet sa première rencontre avec Yoshitaka;
C'était en 1944. Les classes pour
débutants étaient généralement données par le Sensei Hironishi. Mais un
jour, un autre Sensei donna la classe, je ne le connaissais pas et ne
savais pas qui il était et quand j'ai demandé on m'a dit qu'il s'agissait
de Waka Sensei (le jeune Sensei), le fils de Funakoshi Gichin. Pendant
cette classe, Yoshitaka nous a enseigné comment faire Mae-Geri lentement
et sans baisser la
jambe
jusque par terre, comment faire Yoko-Geri et sans rentrer Yoko-Geri
comment enchaîner avec Mawashi-Geri. Ensuite il nous dit: "je vais
maintenant vous montrer comment nous le faisons habituellement" et il fit
les trois coups de pied si rapidement et si puissamment que je me souviens
encore d'avoir vu la lumière blanche du pantalon de son karategi et
entendu un bruit sec comme celui d'un fouet. Nous en sommes tous restés
très impressionnés. Quand nos Seniors nous enseignaient les Katas, ils
nous racontaient que lorsque Funakoshi Yoshitaka démontrait un kata, ceux
qui le voyaient percevaient une sensation spéciale, la terrible impression
d'un danger imminent. Et ils nous disaient que c'était comme ça qu'il
faillait faire les katas de telle sorte que ceux qui les observent
perçoivent et remarquent quelque chose, sentent la vibration de notre
force intérieure et de notre détermination. Si ceux qui nous observent ne
sentent rien, c'est que le kata n'est pas bien fait, c'est un kata du type
"gymnastique ou danse".
À partir de
1940, l'entraînement devint extrêmement difficile au Dojo Shōtōkan.
Yoshitaka était le chef instructeur assisté d' Hironishi, Uemura et Hyashi.
Le contexte de la seconde Guerre Mondiale ne favorisait guère les
recherches spirituelles. Un certain nombre de Dojos servaient à
l'entraînement des Tokotaï
(Kamikazes),
et de certains officiers et
responsables de la redoutable Kempetai, l'équivalent de la gestapo
allemande.
Les sessions d'entrainement étaient
épuisantes, et pendant celles-ci, Gigo s'attendait à ce que ses élèves
déploient deux fois plus d'énergie qu'ils utiliseraient lors d'une
confrontation réelle.
Murakami et Kase ont
d'ailleurs commencé à pratiquer le
Karate
dans ce contexte de guerre de 1944 -1945...
Funakoshi Gichin rentre en conflit avec son fils car il n'est plus du tout
d'accord avec la tournure que prend le Karate. Dès 1945, à l'âge de
77 ans, il décide de retourner à Okinawa et rejoindre ainsi sa femme,
laissant à son fils le Dōjō
Shōtōkan du
quartier de Meijuro à Tōkyō.
Sensei
Yoshitaka sera hospitalisé peu après
la fin de la guerre.
Il meurt finalement de la tuberculose dont il était atteint depuis l'âge
de 12 ans, le 24 novembre 1945 à Tokyo.
Hironishi devint le principal
professeur au
Dojo Shōtōkan
et fut secondé par les seniors revenus de la guerre comme Nakayama, Obata,
Kamata et Egami.
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